Nous sommes en juillet 2008. Le monde traverse une crise financière sans précédent.
Aux États-Unis, les crédits immobiliers à risque, les fameux subprimes, ont empoisonné tout le système bancaire. Au printemps, la banque d'affaires Bear Stearns, vieille de plus de quatre-vingts ans, s'est effondrée en un week-end et a été rachetée pour une bouchée de pain. En juillet, c'est la banque IndyMac qui fait faillite. Les marchés plongent, et des épargnants, des actionnaires, des retraites entières voient leurs économies partir en fumée.
Quelque part dans le monde, un informaticien regarde ce naufrage et se pose une question simple : comment fonctionne, au juste, la monnaie ? Il se met à chercher, à lire, à comprendre. Et ce qu'il découvre le sidère.
La monnaie, c'est du vent. L'essentiel de l'argent en circulation n'est pas imprimé par un État : il est créé à la demande par les banques, à chaque fois qu'elles accordent un crédit. Un prêt signé, et la somme apparaît, à partir de rien, par une simple ligne d'écriture. Quand le crédit se rembourse, cet argent disparaît. La masse monétaire n'est qu'une promesse, gonflée ou dégonflée au gré de la confiance, et c'est précisément cette confiance qui vient de s'effondrer.
En remontant le temps, il découvre aussi qu'il n'en a pas toujours été ainsi. Pendant des décennies, les monnaies reposaient sur l'étalon-or : chaque billet était une promesse, échangeable contre une quantité précise d'or. Les citoyens avaient ainsi la garantie que leur monnaie nationale était adossée à un métal réel, rare, impossible à fabriquer à volonté. Les accords de Bretton Woods, en 1944, avaient même bâti tout le système d'après-guerre sur cette ancre : le dollar restait convertible en or à prix fixe, et les autres monnaies s'arrimaient au dollar.
Puis, le 15 août 1971, le président américain Richard Nixon suspend cette convertibilité. En quelques années, au cours des années 1970, le lien entre la monnaie et l'or est définitivement rompu. Depuis, plus aucune grande monnaie n'est garantie par quoi que ce soit de tangible : sa valeur ne tient qu'à la confiance et au décret de l'État. C'est ce qu'on appelle la monnaie fiduciaire, et c'est elle que la crise de 2008 met à nu.
Il décide alors de proposer au monde une autre solution. Une monnaie qui ne dépendrait d'aucun État ni d'aucune banque. Une monnaie dont chaque transaction serait inscrite publiquement, donc traçable, mais où les utilisateurs ne seraient que des pseudonymes, donc anonymes. Une monnaie que tout le monde pourrait créer, non pas en accordant des crédits, mais en faisant calculer son ordinateur.