// chapitre 02 . 1994 . 2002

Payer sur Internet : les pistes commerciales

CyberCash, e-gold, X.com, PayPal. Pendant que les cypherpunks rêvent d'anonymat, le commerce en ligne invente le paiement numérique, mais toujours via un tiers de confiance.

Pendant que les cypherpunks théorisent une monnaie sans État, une autre histoire s'écrit en parallèle, côté commercial. Dès le milieu des années 1990, le commerce en ligne explose et réclame un moyen de payer. Les solutions se multiplient, mais toutes partagent un même défaut aux yeux d'un futur Satoshi : elles reposent sur un tiers de confiance, une entreprise centrale qui peut tout voir, tout bloquer, et tout perdre.

CyberCash (1994), installée près de Washington, est l'une des pionnières. Elle propose aux marchands d'encaisser des cartes bancaires en ligne, et lance même CyberCoin, un système de micro-paiements, puis PayNow, des chèques électroniques. Mais elle dépend entièrement des banques et des réseaux de cartes ; elle fera faillite en 2001, ses actifs rachetés par VeriSign. cybercash.com, archive 1997.

e-gold (1996), fondée par Douglas Jackson, va plus loin avec une idée fascinante : une monnaie numérique adossée à de l'or physique. Son slogan dit tout, « e-gold... gold itself, circulated electronically », l'or lui-même, mis en circulation électroniquement. C'est l'étalon-or transposé au web. e-gold connaît un succès énorme, puis devient le repaire des fraudeurs ; parce qu'elle est centralisée, donc saisissable, elle est poursuivie par le gouvernement américain pour transmission d'argent sans licence, et fermée à la fin des années 2000. e-gold.com, archive 1999.

X.com (1999) est une banque en ligne fondée par un jeune entrepreneur tout juste enrichi par la vente de sa première société : Elon Musk. Sa page d'équipe de novembre 1999 le présente comme « Chairman and Chief Executive Officer », auréolé de la cession de Zip2 à Compaq pour 305 millions de dollars. En 2000, X.com fusionne avec Confinity, la start-up de Peter Thiel et Max Levchin qui développe un produit de paiement nommé PayPal. La société est rebaptisée PayPal en 2001, rachetée par eBay en 2002, et deviendra le tiers de confiance par excellence du paiement en ligne. x.com/management.html, archive 1999.

Vers 2007, une poignée d'acteurs verrouillent le paiement en ligne : PayPal, Visa, Mastercard, American Express. Tous reposent sur le même modèle et prélèvent une commission sur chaque transaction, souvent 1 à 5 %, qui rend impossibles les paiements de très petits montants. La boucle se referme en 2008. La toute première phrase du whitepaper de Bitcoin vise exactement ce monde : « Commerce on the Internet has come to rely almost exclusively on financial institutions serving as trusted third parties. » Le commerce en ligne s'est mis à dépendre presque exclusivement d'institutions financières servant de tiers de confiance. CyberCash, e-gold, PayPal : trois façons de résoudre le paiement numérique, trois fois un intermédiaire central qui pouvait censurer, geler ou s'effondrer. Bitcoin se définit, dès sa première ligne, contre eux. Curiosité : Elon Musk rachètera le domaine x.com à PayPal en 2017, et rebaptisera Twitter en « X » en 2023. Anecdote qui resurgira : 2008, l'année de naissance de Bitcoin, fut aussi celle où Musk frôla la faillite, ce qui en fait un candidat-Satoshi récurrent. La piste Musk.