// chapitre 03 . 1988 . 1993

Le manifeste cypherpunk

Une liste de diffusion, des mathématiciens libertariens, et une conviction : la vie privée se défend avec du code, pas avec des lois.

En 1988, Timothy C. May fait circuler son « Crypto Anarchist Manifesto » : la cryptographie forte va, selon lui, transformer la société aussi profondément que l'imprimerie, en rendant possibles des échanges et des marchés que les États ne pourront ni surveiller ni taxer. En 1992, May, Eric Hughes et John Gilmore fondent une liste de diffusion, hébergée sur toad.com, qui prendra le nom de cypherpunks.

Le 9 mars 1993, Eric Hughes publie « A Cypherpunk's Manifesto ». L'idée centrale tient en quelques lignes : la vie privée est nécessaire à une société ouverte à l'ère électronique, et personne ne nous la donnera, il faut la construire nous-mêmes. « Cypherpunks write code » : les cypherpunks écrivent du code, ils publient leurs logiciels pour que d'autres les utilisent, les attaquent et les améliorent. Texte intégral et traduction.

La liste devient le laboratoire de tout ce qui suivra : remailers anonymes, PGP de Phil Zimmermann, débats sur la monnaie numérique. Adam Back, Wei Dai, Nick Szabo et Hal Finney y participent tous. Quand le whitepaper de Bitcoin apparaît en 2008, il ne sort pas de nulle part : il est la synthèse de quinze ans de discussions de cette communauté, et il en cite directement les travaux.

Détail qui comptera pour les enquêtes ultérieures : cette communauté est petite. Quelques centaines de participants actifs, qui se lisent les uns les autres depuis des années. La plupart des chercheurs estiment que Satoshi Nakamoto, quel qu'il soit, a forcément lu et fréquenté cette liste ou ses héritières.